Quarante ans de propagande anarchiste

Quarante ans de propagande anarchiste
Jean Grave – Flammarion – 1973

Grave1Comme beaucoup de plumes libertaires, Jean Grave n’était pas à l’aise avec la parole, se définissant lui-même comme un piètre orateur. Jeune cordonnier (comme le Père Peinard) et après quelques envois d’articles à divers journaux, Kropotkine, via Élisée Reclus, lui colle entre les pattes, pour son plus grand bonheur, les rênes du Révolté1, d’abord à Bruxelles, puis à Paris.

Figure peu connu du communisme libertaire, Jean Grave a pourtant été fidèle au poste durant la fin du XIX° et le début du XX° siècle, aux côtés de figures plus « illustres » comme les frères Reclus, Louise Michel ou Kropotkine dont il vulgarisera les thèses, notamment dans La société mourante et l’anarchie qui, lois scélérates oblige, l’amènera directement en prison.

Publiée dans un premier temps en 1930 dans une version très expurgée par l’éditeur, sous le titre mensonger Le mouvement anarchiste sous la Troisième République, cette réédition du début des années 70 a été élaborée grâce au manuscrit original retrouvé.

On sent que Grave a voulu tout raconter dans les moindres détails, nous plongeant parfois dans des passages bien peu intéressants, pour ne pas dire soporifiques (notamment tout le début du livre consacré à son enfance), se perdant dans des anecdotes et des digressions plus ou moins notables et faisant fi de la chronologie (ce dernier point n’étant pas vraiment gênant). Mais ceci passé et le côté militant prenant le pas sur le privé, on se laisse vite prendre par cet indécrottable journaliste qui fera tout pour continuer à faire paraître « son » journal. Procès, séjours en prison, embrouilles avec un Zola très près de ses sous, rien ne le découragera.

Grave n’était pas un théoricien et n’a jamais eu aucune ambition personnelle via les journaux dont il s’est occupé. Sa seule préoccupation était la propagande, la diffusion des idées anarchistes, son enthousiasme quand le tirage était fort n’étant pas dû aux ventes, mais au fait que les idées touchaient plus de gens.

Éducationniste2 dans l’âme, il sortit quantité de brochures et créa très rapidement un supplément littéraire aux journaux dont il s’occupa. Il tenta également avec Pierre Quillard de créer une École Libertaire, mais sans grand succès, l’expérience se limitant à l’organisation de vacances pour quelques enfants de militants et à de rares cours du soir pour adultes.

Communiste libertaire jusqu’au bout des ongles, s’il n’attaqua jamais les illégalistes avec lesquels il était en totale opposition3, il ne fut jamais tendre avec les individualistes4, ce qui lui valut très rapidement une réputation de sectaire et le surnom de « pape de la rue Mouffetard ». En sus, son refus total du « copinage » quant aux articles publiés, lui causa quelques fâcheries d’amis et/ou collaborateurs blessés dans leur ego. Ceci expliquant peut-être le peu d’écrits le concernant…

Ces mémoires, aussi confus et brouillons soient-ils, sont toutefois un régal d’anecdotes et encouragent à aller lire les rares ouvrages de Jean Grave5.

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1 Qui deviendra La Révolte en 1887 puis Les Temps Nouveaux en 1895 et qui paraîtra jusqu’en 1914 !
2 « il faut fourrer des idées dans la tête des gens. »
3 Il ne les défendit pas pour autant mais relaya toutefois les campagnes pour leur libération.
4 Auxquels il consacre tout un chapitre qui tient plus du règlement de comptes que de l’analyse d’une tendance…
5 Disponibles sur, le site http://www.archive.org en tapant creator: »Jean Grave » dans le moteur de recherche interne

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