L’épopée d’une anarchiste

L’épopée d’une anarchiste
New York 1886 – Moscou 1920
Emma Goldman – Editions Complexes – 1984

emma1Je ne sais pas si cela est dû à la traduction, mais ce bouquin ne brille pas par son style, ampoulé et vieillot. Belle entrée en matière pour vous filer l’envie de vous l’enfiler, non ? N’aie crainte camarade internaute, ça se lit toutefois sans problème et très facilement, ne serait-ce que pour l’intérêt historique de ces mémoires dans lesquels Goldman relate ses divers combats, indissociables d’une vie, non pas bordélique, mais libre. On peut souvent entendre à son propos qu’elle était en avance sur son temps quant à ses luttes ; je dirais plutôt que c’est la société actuelle qui est fichtrement en retard en matière de droits des femmes et de libre sexualité.

De ses premiers pas d’oratrice timide et gauche soutenant les martyrs de Chicago jusqu’à la désillusion totale de la révolution d’Octobre, Emma Goldman évoluera, certes, et se remettra sans cesse en question, mais ne doutera jamais quant à la justesse de ses combats, et ne cessera jamais de défendre les opprimés, quels qu’ils soient. Et surtout, elle n’oubliera jamais de vivre, de profiter de la vie, de s’amuser, remettant à leur place les culs-serrés de la « cause » d’un désormais mythique « Si je ne peux pas danser, je ne veux pas de votre révolution ».

E. Goldman explique le contrôle des naissances à des chapeaux

 

Un bouquin et une personne qui refoutent la rage au ventre quand la fatigue militante pointe son nez et nous amène parfois à nous demander « à quoi bon… »
Comme expliqué à la fin du bouquin, ces 300 pages ne sont qu’une « sélection » parmi les 1200 qu’auraient compté une traduction de Living my life qui, à ma connaissance, n’est donc jamais sorti dans son intégralité en français.

Un petit extrait pour finir :

« A Los Angeles, j’étais invitée à faire une conférence au club des femmes. Cinq cents femmes, de toutes les couleurs politiques possibles, étaient venues m’écouter. Mais je fis la critique des revendications démagogiques des suffragettes et je mis en doute les merveilles qu’elles pourraient accomplir si elles parvenaient au pouvoir. Les femmes m’accusèrent alors d’être une ennemie de l’émancipation des femmes et les membres du club se levèrent pour me dénoncer.

Cela me rappelait une autre occasion où j’avais pris la défense des hommes que l’on tenait responsables de tous les maux. Je soulignais que s’ils correspondaient au noir tableau peint par ces dames, les femmes devaient en partager la responsabilité. La première influence dans la vie d’un homme c’est sa mère. C’est elle qui cultive son sentiment d’importance.

Plus tard, les sœurs, les femmes et les maîtresses ne font que suivre la voie tracée par la mère. J’ai dans l’idée que les femmes sont perverses : dès la première minute de la naissance d’un enfant mâle, et jusqu’à sa maturité, la mère fait tout pour qu’il lui reste attaché. Pourtant, en même temps, elle ne veut pas qu’il soit faible et l’encourage à être viril. Elle idolâtre chez lui les traits de caractère qui maintiennent les femmes en esclavage : la force, l’égoïsme, la vanité… Devant les contradictions de mon sexe, le pauvre mâle oscille entre l’ange et la brute, l’enfant désarmé et le conquérant de l’humanité. C’est vraiment la femme qui a fait l’homme tel qu’il est. Le jour où elle saura être aussi égocentrée que lui, quand elle aura le courage de se jeter dans la vie et de prendre des risques comme il le fait, elle aura réalisé sa libération, et par là même celle de l’homme. C’est toujours à ce moment-là que les femmes qui m’écoutent se lèvent scandalisées et me crient : Vous n’êtes qu’une femme vendue aux hommes ! »

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